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Adolescence

 
La tension de l’adolescent

C’est à l’adolescence que le « grand écart » de la construction psychique commence à poser de sérieux problèmes : il se produit une réactivation de l’oedipe, des problématiques prégénitales et même des mécanismes de défense les plus archaïques.

La période est très complexe, comme le montrent toutes les psychopathologies qui émergent. Il semble que ce soit la structuration œdipienne qui soit fortement attaquée, touchant même à ses limites.

Le début de l’adolescence est en effet marqué principalement par une tension : la tension du désir sexuel, un désir impérieux qui commence à pouvoir être corporellement investi. Peu à peu, l’adolescent se rend compte qu’il peut avoir des investissements et des satisfactions physiques, sous l’impulsion d’un désir qui monte, qui le dérange, qui l’étonne. Cette découverte reste forcément liée au plaisir et au danger : plaisir confus, diffus, aléatoire, primitif, vif, plaisir difficile à gérer, à comprendre, à générer, à canaliser, mais aussi danger de la nouveauté, de la non - maîtrise, danger de l’impérieux. Bien sûr, tout ceci s’accomplit, selon les natures, plus ou moins rapidement, plus ou moins intensément et à un âge très variable.

Ainsi, progressivement, la tension impérieuse qui submerge le jeune adolescent lui donne l’impression d’être investi d’une nouvelle force. C’est un raz-de-marée qui l’atteint, au plus profond de lui-même, un vrai déchaînement : colère, repli, angoisse, apathie, énervement, agressivité, violence, tout y passe. Effectivement, il a quelques comptes à régler avec lui-même, avec ses parents et donc avec toute instance maternelle et toute instance paternelle. Il ne reste pas beaucoup de monde ! Le jeune adolescent éprouve généralement des sentiments d’injustice, de révolte, et d’exclusion. Il ne se sent pas juge de lui-même mais pas non plus en accord avec la loi. De surcroît, il commence à comprendre à quel point il est bel et bien exclu du lit de ses parents, tandis qu’il n’a pas, lui, de lit établi.

C’est ainsi le temps des illusions et des désillusions, des pertes, des blessures narcissiques, des hontes, et surtout le moment privilégié de passages à l’acte divers et variés.

L’adolescence est de toute façon un temps et un travail. D.W. Winnicott considérait qu’il est quelque part intrusif de comprendre l’adolescent, puisque celui-ci se trouve en attente de quelque chose, comme le marin dans le « pot au noir ».

Un adolescent normal est un adolescent qui se révolte, qui s’adapte, mais qui est insatisfait. Il se rallie à de nouvelles références qui lui semblent plus être en accord avec lui-même, parmi lesquelles figurent en bonne place les groupes de toute sortes : groupes musicaux, groupes de copains, groupes scolaires, groupes sociaux, groupes sportifs, groupes de fans, groupes de pensée divers, etc. Ne sentant pas la fermeté de son désir et n’étant donc pas rassuré par celui-ci, ne se sentant pas encore accepter la solitude ni l’autonomie nécessaires à son affirmation, l’adolescent cherche naturellement à s’intégrer dans un groupe, pour fondre au mieux son désir dans celui du groupe, pour se trouver une sorte de « surmoi » collectif provisoirement bien agréable. La musique, le sport, les idoles de toutes sortes lui permettent une transition vers la solitude de l’adulte qui naît doucement en lui.

Après une réactivation des tendances homosexuelles (recherche du même en soi ou chez l’autre), le choix d’objet est généralement hétérosexuel. Cela se fait cependant dans le doute et les hésitations : deux pas en arrière, trois pas en avant. Il en résulte donc de sérieuses difficultés au niveau de la lisibilité de son monde intérieur : c’est un moment très délicat pour l’adolescent et pour ceux qui l’entourent.

Désormais plus capable d’introspection et d’abstraction, l’adolescent a pourtant du mal à raisonner comme avant : une nouvelle vision de la vie, plus concrète, plus distante, plus intérieure marginalise peu à peu sa vision d’enfant, celle des dessins animés où les personnages ouvrent des yeux candides, des yeux « purs », des yeux qui ne font pas peur.

Parce que là, vraiment, tout change : la voix, le ton, l’allure, la corpulence, mais surtout le regard, l’œil, l’affirmation du désir. Ce désir qui choisit, qui élit, qui rejette, qui met en danger, et qui inquiète … notamment ses parents.

 


 

 

 

 

 

 

 

La déparentification

En effet, les parents sont à un tournant de leur « éducation ».

Celle-ci semblait bien établie : il s’agissait de subvenir aux besoins et aux désirs de l’enfants, mais sans véritablement lui donner les rênes. Il s’agissait (utopiquement) de lui fournir la logistique, l’assistance, les explications pour comprendre, s’adapter, grandir, réfléchir, apprendre... Lui permettre de se faire une opinion, de lutter, de comprendre de quoi est fait le monde qui l’entoure... Lui donner un sens dans sa filiation familiale, humaine, lui donner une place, lui montrer des désirs, gérer ses frustrations quotidiennes, lui permettre des défoulements... Lui montrer la loi, lui apprendre à parler, à s’écouter, l’aimer pour ce qu’il est et lui montrer progressivement qu’il existe une autre vie que celle des enfants : celle des adultes.

De toute façon toute éducation est pourtant, quelque part, décevante et ratée.

Maintenant, la place des parents est un peu plus en retrait, ce qui n’est pas très facile à accepter. La « déparentification » s’intensifie dans la douleur inhérente à toute séparation, avec son cortège de sentiments de perte, d’abandon, de déséquilibre.

Le sentiment de perte d’un enfant est ainsi très souvent cité par les « parents » qui souhaitent inconsciemment laisser l’enfant dans une enfance qui n’a pas été assez longue ni assez gratifiante pour eux, une enfance qu’ils ont du mal à clore. Ces parents ont aussi peur pour leur enfant, peur qu’il lui arrive quelque chose alors qu’ils ne sont plus là pour les surveiller. Cette « maternisation parentale » ne passe plus vraiment avec un adolescent, même si ces parents restent encore un peu des modèles ou des références. Pas pour longtemps.

Il est vrai notamment que, pour la plupart des mamans, rien n’avait été simple depuis la naissance de leur enfant. Il semble que dans la société d’aujourd’hui ce soient souvent elles qui gèrent la plupart des conflits et prennent la plupart des décisions du quotidien, le papa n’étant pas très présent. Le rôle majeur de la maman auprès de l’enfant, par sa présence, ses paroles, est réellement à nouveau contesté. Il lui faut vraiment admettre l’émergence d’un nouvel être, vraiment décevant cette fois-ci, qui fait sa place. Pourtant, un adolescent a toujours besoin de sa mère, mais d’une mère qui le laisse partir, une mère qui ne l’envahit pas, une mère qui est prête à le voir changer, une mère qui ne laisse pas dans une situation de dépendance. Encore faut-il qu’elle y soit prête.

De même, les symboles du père, sinon lui - même, vont s’attirer les foudres du jeune adolescent.

En effet, n’était-ce pas souvent sur le « père » que reposaient symboliquement les responsabilités d’ordonner le monde, c’est-à-dire de mettre les choses «à leur place » ? N’était-il pas de son « devoir » de trier, de classer, de ranger, de gérer, d’ouvrir, de libérer, de trancher, de vouloir, de décider, voire d’étayer ? Inévitablement, le père ne sera pas dans une position facile. Critiqué, attaqué, déifié, banalisé, le père a du mal à poser un regard neuf sur cet adolescent, même s’il est conscient que ce qu’il dit compte encore.

La qualité de l’autorité parentale, à savoir la vigueur et  la présence, seront testés et vérifiés durant la phase critique de l’adolescence. Si le rôle actif des parents tend à s’amenuiser, cela ne signifie pas pour autant ce rôle en devient passif. Ils sont encore, un peu,  là. Encore faut-il que leur positionnement soit à peu près clair dans leur tête : le « père » n’existe toujours que dans le discours de la mère.

C’est toutefois, comme précédemment, de l’imperfection de l’éducation que naîtront les libertés de l’adolescent. Aux insécurités des parents ont répondu les insécurités des enfants, à leurs affirmations ont répondu les affirmations des enfants. Les parents ne sont plus des «bizuteurs », des «gourous », des «chamanes », des «initiateurs », des «maîtres ». Leur présence active aux côtés de leur enfant ont simplement aidé celui-ci à se connaître et à se créer. Leur dosage différent dans les rôles paternels et maternels a permis à l’enfant de trouver des identifications.

Mais l’adolescence est souvent chaotique, avec des régressions, des accélérations, des ralentissements qui ajoutent à la confusion et au paradoxe apparent. La séparation parent / enfant réveille tous les liens complexes tissés depuis des années. Rien n’est facile pour les uns et les autres. C’est pourtant un temps de doutes, d’erreurs, d’essais, un temps nécessaire pour qu’émergent les solutions.

Et ces solutions ne sont pas simples.

Jusqu’à présent, la structuration dite oedipienne semblait avoir mis en avant un positionnement clair. Par exemple, le garçon souhaitait prendre la place de son père et donc épouser sa mère, ce qui l’avait amené à des sentiments tantôt de haine pour ce père qu’il veut éliminer tantôt d’amour pour ce père auquel il veut s’identifier (la forme duelle complète du « complexe d’oedipe »). L’adolescence signe le début de la fin de ce système. En effet, s’il a souhaité inconsciemment se débarrasser de l’ensemble colonne vertébrale – moelle épinière issue des premiers temps psychiques (moteur mère - père), l’adolescent,  sous la pression de son corps sexué, en constate amèrement l’impossibilité. Il ne peut que réinvestir cet ensemble à son propre compte et le faire sien. Cela nécessite donc le deuil de fonctionnement précédent : accepter son nouveau corps alors qu’il s’agit du même. Accepter d’être une personne différente tout en étant la même.

Qui dit deuil dit cohabitation provisoire de deux fonctionnements : celui du temps d’avant et du temps d’après. Le dégroupage odysséen, complexe, commence à manifester ses velléités de clivage.


 

 

 

 

Le clivage odysséen

Ce qui se produit depuis le début de la vie est la mise en place de schémas complexes tenant de résoudre l’impossible équation de l’oedipe, à savoir l’intégration des contraires représentés par le père.

Il est clair que chez l’adolescent, contrairement à l’enfant oedipien, la partie déniée est préférentiellement la partie sexuée de son corps désormais pubère, puisque celui-ci est support à la fois de désirs du père et de désirs d’anéantissement narcissique. Cet état de fait constitue une sorte de clivage (A. Birraux) entre un « moi » infantile et un « moi » du futur encore à trouver.

Effectivement, il semble qu’un double fonctionnement se mette en place, un véritable dégroupage temporel de l’oedipe qui va concourir à sa résolution. C’est ce mode de réduction de ce clivage quoi va, dans notre conception, permettre la dissolution de l’enfance et l’unification des objets dans un complexe aller –retour temporel. Nous l’appelons « dégroupage odysséen », en l’honneur d’Ulysse (Odysseus, l’homme en colère) et de ses «deux » fils, dont la mythologie explique le destin, beaucoup plus riche et plus subtil que celui d’Œdipe. Sans être ni un Dieu (pas de comparaison possible avec un homme) ni un demi-Dieu comme Hercule (voué à devenir, pour partie, après sa mort un Dieu), Ulysse, fils de Sisyphe (celui qui avait réussi à empêcher la mort en enfermant Hadès), est le plus grand héros grec. Nous adopterons pour l’essentiel, la version de R. Graves, largement répandue et cautionnée, même si d’autres variantes intéressantes sont ici ou là répertoriées.

Ulysse, après s’être marié à Pénélope, entend la prédiction de l’oracle « Si tu vas à Troie, tu ne reviendras pas avant vingt ans, et tu reviendras seul et pauvre ». Après avoir simulé la folie mais démasqué par son refus de tuer son fils Télémaque, Ulysse est contraint de participer pendant dix ans à la guerre de Troie, dont il devient cependant un des principaux héros, à l’origine entre autres de la ruse du cheval de bois. Conscient de devoir errer pendant dix autres années, Ulysse se retrouve, après de nombreuses pérégrinations, sur l’île de l’Aurore, celle de Circé. Ils tombent amoureux, et ont plusieurs enfants, dont au moins un fils Télégonos. C’est le début de la fin pour lui. En effet, il désire d’un côté revenir vers « sa » terre et Pénélope, et d’un autre rester vers Circé, étant très heureux sur « son » île.

C’est alors qu’interviennent les fils d’Ulysse (pour figurer la transmission de témoin générationnel). En effet, Ulysse qui revient à Ithaque empêche d’un signe Télémaque de bander l’arc (l’épreuve pour les prétendants) et donc lui interdit d’épouser sa mère. C’est lui qui se fait alors reconnaître. Revenu sur ses terres, Ulysse est pourtant immédiatement banni pour avoir massacré les prétendants de sa femme. Télémaque devient roi, mais il est à son tour banni parce qu’un oracle annonce « le propre fils d’Ulysse le tuera ». à peine revenu près de Pénélope, Ulysse meurt de la main de son (autre) fils Télégonos après un bref affrontement au bord de la mer, et sans s’être reconnus. Télégonos épouse alors Pénélope, et Télémaque part épouser Circé sur son île. R. Graves précise « les deux branches de la famille furent alors étroitement réunies ».

L’histoire de la fin d’Ulysse et de ses fils peut être symboliquement exploitée. En réalité, Télégonos (qui est l’enfant de la nouvelle année, l’enfant du repos d’Ulysse auprès de sa nouvelle femme Circé, l’enfant d’après) supprime pour exister Ulysse-d’avant et épouse sa femme-d’avant Pénélope. Télémaque, lui, n’arrivant pas à être le roi du pays d’Ulysse d’avant, désire alors être l’Ulysse-d’après en s’identifiant à celui-ci et en épousant la femme-d’après Circé. Ainsi, Ulysse-d’avant meurt éliminé par son enfant-d’après, celui-ci terminant l’avant, tandis que Ulysse-d’après ne meurt pas mais est dissout dans l’image de Télémaque, l’enfant d’avant qui « devient » alors son père. C’est ainsi que Télémaque-Ulysse-Télégonos représente la même personne, mais au moment de sa vie où elle se « dégroupe » pour d’un côté mourir en enfance et d’un autre vivre dans l’après, comme une personne nouvelle. C’est cela le clivage « odysséen » : un  paradoxe qui permet, à la condition de le dégrouper dans le temps, de dissoudre l’oedipe. 

 

  

 

 

 

 

 

 

 Canailles ! Emplâtres ! Va-nu-pieds!Troglodytes! Tchouk-tchouk-nougat !Sauvages ! Aztèques ! Grenouilles ! Marchands de tapis ! Iconoclastes ! Chenapans Ectoplasmes ! Marins d’eau douce ! Bachi – bouzouks ! Zoulous ! Doryphores ! Froussards ! Macaques ! Parasites ! Moules à gaufres ! » (Capitaine Haddock)

« Tout est bon quand il est excessif » (Sade)

« Mais moi, je n’ai pas envie de partir de chez mes parents. Sauf si j’ai mon permis poids lourds et que je suis embauché comme routier. Sauf si j’arrive à conduire un camion, un 10 tonnes. Mais autrement, non, je ne veux alors pas changer de ville. Tiens, actuellement, j’ai pas envie d’une femme, j’ai envie d’avoir un camion. J’ai envie d’être routier. J’en ai toujours eu envie.

« D’une secrète horreur, je me sens frissonner. Je crains, malgré moi-même un malheur que j’ignore » (Racine, Iphigénie)
 

« C’est extra […] Une robe de cuir comme un fuseau […] Une fille qui tangue un air anglais, Et dans le port de cette nuit, une fille qui tangue et vient mouiller […] Des cheveux qui tombent comme le soir, et d'la musique en bas des reins, ce jazz qui d'jazze dans le noir, et ce mal qui nous fait du bien, […] Et puis ces cris qui montent au ciel […] Cette chair que vient troubler l'archet qui coule ma chanson. […] Et sous le voile à peine clos cette touffe de noir jésus qui ruisselle dans son berceau, [...] C'est extra » (L. Ferré)
 

L’adolescence comme une rencontre avec l’irréversibilité de la sexuation (Laufer), comme un élargissement de l’espace psychique avec consolidation des indentifications et conquête de l’identité (P. Jeammet), comme une sorte de puberté de la psyché avec joute entre scénarios incestueux et sentiment de continuité du moi (P. Gutton), comme une reviviscence des carences narcissiques et de la précarité de la différenciation (R. Cahn), comme une tentative de réduction du clivage entre corps infantile et corps sexué non représentable (A. Birraux).

« Mais alors, comment faut-il qu’on fasse ? De toute façon, rien ne va. Il nous épuise, et même ce que vous avez dit de dire, il le conteste. J’ai l’impression que c’est pire. Oui, c’est pire. Alors ? »

« En matière de révolte, personne ne doit avoir d’ancêtre »
(A. Breton).


« Quand on est môme, pour être quelqu’un, il faut être plusieurs »

« C’est à 12 ans, l’année dernière, qu’il a commencé à me reparler de mon divorce. Je pensais alors que cela allait à peu près bien pour lui, même s’il voyait peu son père. Mais depuis l’année dernière, je ne sais pas quoi faire. On dirait qu’il cherche son père, qu’il le cherche à distance, vous voyez ? Mon ex-mari s’en fiche, pourtant. Il essaie de jouer au plus fort, et moi je n’y arrive plus… »
 




« Au fond, je n’aurais pas dû le laisser partir seul. Pourvu que rien n’arrive !... [...] Aïe ! Aïe ! Aïe ! Que faire ? Que faire ? Tant pis ! ... Je me décide ! A l’abordage ! Courage, Tintin, j’arrive ! Me voici ! » (Capitaine Haddock)


 

« Il est devenu complètement accro aux copains, lui qui était timide avant. Surtout avec […], qui est le chef de la bande. C’est son Dieu ! Cela lui fera du bien. J’ai toujours dit à mon mari qu’il était un peu trop gentil...

« Le complexe d’œdipe génital mûr nécessite la reconnaissance que les parents sont deux êtres séparés, des êtres complets, qui ont une relation envers l’un avec l’autre, comportant aussi des rapports sexuels. » (H. Segal)

« Au collège, elle s’est mis à nous détester. Puis, dès qu’elle a eu son copain, cela allait mieux. Nous étions juste des vieux cons, excusez-moi l’expression, mais c’est vrai, des vieux cons. Enfin, nous étions tout de même moins détestés. Elle voyait d’ailleurs des cons partout, surtout chez les adultes, les parents de son copain, d’ailleurs les parents de tous ses copains et copines ! »

« Le rôle du père n’est pas une chose en soi. Ce rôle est, au contraire, un long processus dialectique de création et d’apprentissage qui probablement ne finit jamais » (D. Rozenfeld)

« Chaque homme et chaque femme s’est développé dans un utérus, puis est né, mais chacun a été dépendant d’une femme » (D. W. Winnicott)

« Mes parents ne veulent pas que je grandisse. Ma mère, surtout. Mon père, quand je le vois un week-end sur deux, c’est comme si il ne voyait pas que j’ai grandis. Il est toujours en retard.. »

« Un hiver, comme le pays tout entier était recouvert de neige, on envoya un pauvre garçon chercher du bois. Avant même d'en avoir ramassé et d'en avoir chargé sa luge, il était déjà gelé comme une grive. Il se dit alors qu'avant de rentrer à la maison, il allait allumer un petit feu pour se réchauffer. Il écarta la neige et, en tâtonnant par terre, il trouva une petite clef d'or. « Une clef n'est jamais loin d'une serrure », se dit-il. Il commença à gratter de plus en plus profondément et, en effet, il découvrit une petite boîte en fer. « Pourvu que la clef puisse l'ouvrir, pensa-t- il, elle contient certainement des objets de grande valeur. Il chercha le trou de la serrure mais ne le trouva pas ; il finit toutefois par le découvrir ; mais le trou était si petit que le garçon avait failli ne pas le voir. Il essaya la clef et, par bonheur, c'était la bonne. Il la fit tourner une fois - et maintenant, nous devons attendre qu'il ouvre complètement et qu'il soulève le couvercle ; ce n'est qu'après que nous saurons quels trésors il a trouvés dans la boîte. » (conte de Grimm)

« Qu’est-ce que je déteste mes parents ! C’est rien de vous le dire. Je me demande s’ils ont fait une chose de bien, franchement. Ils s’en foutent de moi, du monde. A part le boulot ! Moi, j’ai des rêves beaucoup plus ambitieux. »

« Rien ne sert de courir : il faut partir à point » (J. de La Fontaine)

« Là-bas, tout est neuf, tout est sauvage. Libre continent sans grillage. Beau comme on n’imagine pas. Je me perds si je reste là.[…] Ici tout est joué d’avance. Et l’on n’y peut rien changer. Tout dépend de ta naissance, et moi je ne suis pas bien né. C’est pour ça que j’irai là-bas »(Jean-Jacques Goldman)
 

 

 




« Quand je pense que je suis là, à faire le zouave sur les routes du Népal, alors que je pourrais être tranquillement à Moulinsart, à siroter un bon whisky bien glacé !... » (Capitaine Haddock)



 

 


« Devenir père parmi les pères, intégrer la puissance paternelle pour la représenter passe par l’identification au père de l’inconscient, c'est-à-dire « la transformation d’un sentiment parfois hostile en un attachement positif (Freud). Ce processus est toujours à refaire, le « sentiment social » en est issu. Un père ne concourt-il pas à la constitution des liens sociaux par l’investissement de sa fonction dans ses trois dimensions de puissance (la domination, l’efficacité, et l’énergie dans l’action), d’autorité (le droit et le pouvoir de se faire obéir, d’user de son influence et de sa séduction), et de responsabilité (la charge, le devoir et l’obligation de réparer ses fautes). Et ces trois fonctions doivent être combattues pour être intégrées » (C. Combe)
 


« Avant hier, en revenant chez moi après vous avoir vu en séance, j’ai eu l’impression que mon mari ressemblait à mon père, en tout cas son visage. Pendant quelques secondes... Je serai bien incapable de vous dire quelle ressemblance exactement… »
 


« Désormais mon discours pour ce dont j’ai mémoire sera plus pauvre encor que celui d’un enfant dont le lait maternel mouille toujours la langue » (Dante)
 


« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage. Heureux qui comme Ulysse a vu cent paysages. Et puis a retrouvé après maintes traversées le pays des vertes allées par un joli matin d'été. Quand le soleil vous chante au cœur, qu'elle est belle la liberté, la liberté » (G. Brassens)
 


« Je vais donc enfin vivre seul. Et déjà, je me demande avec qui » (Sacha Guitry)
 


« Minuit se lève en haut des tours. Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd. La nuit camoufle pour quelques heures la zone sale et les épaves et la laideur. J’ai pas choisi de vivre ici, entre l’ignorance et la violence et l’ennui. Je m’en sortirai, je me le promets, et, s’il le faut j’emploierai des moyens légaux. Envole-moi. Envole-moi… Loin de cette fatalité qui colle à ma peau. Remplis ma tête d’horizons, d’autres mots. Envole-moi… Pas de question ni rébellion. Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés. L’hiver est glace, l’été est feu, ici y’a jamais de saison pour être mieux. J’ai pas choisi de vivre ici, entre la soumission, la peur ou l’abandon, je m’en sortirai, je te le jure, à coup de livres, je franchirai tous ces murs. Envole-moi » (Jean-Jacques Goldman)
 

 


« Bianca Castafiore : J’ai pensé, Capitaine, euh... je me suis dit qu’un vieux loup de mer comme vous devait se sentir bien seul dans sa barquette... Si, si... Alors j’ai songé à vous offrir... ce perroquet des Îles, qui sera pour vous le plus fidèle des compagnons.


« À dix-huit ans, je me suis barré de chez moi. Et j’ai commence un tour du monde, vers 22 ans. Mon oncle était parti en Afrique. J’ai attendu d’avoir du blé, et je suis parti faire l’Afrique d’ouest en est. J’ai voulu la faire avec un copain. Mais, bon… J’ai cherché des sponsors, mais bon, cela ne s’est pas déroulé comme prévu. J’ai du revenir en France, malade. Merdouille ! Je m’en veux encore. Ça me manque encore, l’odeur d’Afrique… »

« Il semble très important que les adultes ne renvoient pas aux jeunes une image négative de l’adolescence. Une partie de la dépressivité de l’adulte est souvent déniée et se reporte sur la jeunesse, objet d’un souci légitime, mais parfois ambigu » (P. Jeammet)

« On rencontre sa destinée souvent par des chemins qu’on prend pour l’éviter » (J. de La Fontaine)

« Et fuir devant vous une dernière fois la pendule d'argent qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui leur dit : je t'attends, qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non et puis qui nous attend » (J. Brel)

« La princesse avait grande envie de chasser le crapaud, mais elle n’osait pas à cause de son père qui ne la quittait pas des yeux. « Rapproche de moi ton assiette d’or, dit le crapaud, que nous puissions manger ensemble, et penche ton verre afin que je puisse boire ». La princesse obéit encore, mais c’était bien à contrecœur. Elle se sentait bien incapable de rien avaler depuis que cette affreuse bête partageait ses aliments et mangeait de si bon appétit. Quand le repas fut terminé, le crapaud parla de nouveau. « Je suis rassasié. Mais j’ai sommeil, porte-moi dans ton lit aux draps de soie ». Cette fois, la fille du roi éclata en sanglots, et fit mine de refuser. Cependant, le roi se fâcha : « Qui t’a aidée dans le besoin, ne doit plus être ensuite l’objet de ton mépris » Alors, avec deux doigts, la princesse saisit le crapaud par une patte, le porta dans sa chambre et le déposa dans l’angle le plus éloigné de son lit, bien décidée à se coucher sans se soucier de cette bête. « J’ai froid », gémit le crapaud. La princesse dégrafa son collier sans répondre. « Flic, floc », le crapaud traversa la pièce, s’approcha du lit et « floc », sauta dedans. « C’est horrible », s’écria la princesse et bondissant hors de sa chambre, elle courut chercher secours auprès d’un valet. Mais ce fut son père qu’elle rencontra et celui-ci, lui refusant toute pitié, la contraignit à tenir sa promesse. A peine la princesse avait-elle obéi et glissé une jambe entre ses draps que le crapaud sauta en l’air d’un bond prodigieux. Quand il retomba au sol, il n’était plus un monstre, mais un prince plein de noblesse et de majesté. « Grâce à vous, je retrouve ma véritable forme. M’accepterez-vous désormais pour compagnon de votre vie ? » La princesse était si surprise qu’elle mit un certain temps à retrouver l’usage de la parole. Quand elle y parvint ainsi, elle dit « oui », dans un souffle, et ne le regretta jamais, car ce prince, qui, sous sa forme de crapaud, avait tant souffert du mépris des autres lui enseigna la joie de partager son bonheur avec tous. » (fin du conte Le Prince Crapaud de Grimm)
 

"Avec le temps, va, tout s'en va. On oublie le visage et l'on oublie la voix, le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien. l'autre qu'on adorait, qu'on cherchait sous la pluie, l'autre qu'on devinait au détour d'un regard entre les mots, entre les lignes et sous le fard d'un serment maquillé qui s'en va faire sa nuit. Avec le temps tout s'évanouit, Mêm' les plus chouett's souv'nirs ça t'as un' de ces gueules, à la gal'rie j'farfouille dans les rayons d'la mort le samedi soir quand la tendresse s'en va tout' seule. Avec le temps, va, tout s'en va , l'autre à qui l'on croyait pour un rhume, pour un rien, l'autre à qui l'on donnait du vent et des bijoux, pour qui l'on eût vendu son âme pour quelques sous, devant quoi l'on s'traînait comme traînent les chiens, Avec le temps, va, tout va bien, avec le temps, va, tout s'en va. On oublie les passions et l'on oublie les voix qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens : ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid. Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu, et l'on se sent glacé dans un lit de hasard, et l'on se sent tout seul peut-être mais peinard, et l'on se sent floué par les années perdues- alors vraiment Avec le temps on n'aime plus » (L. Ferré)

 

 

 

 

 

 

« Le rôle d’une mère, c’est d’être là pour être quittée  » (Anna Freud)
 

 

 

 

 

« Je suis te dire que je m’en vais. Tes sanglots longs n’y pourront rien changer » (S. Gainsbourg)