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Extrait n°2 (livre sur Cold Case)

"D’autre part, nous l’avons dit, Jerry Bruckheimer est, lui, très sensible à l’air du temps, ce qui dénote à la fois un ancrage dans son époque et une souplesse dans son fonctionnement inconscient qui lui permet une adaptation assez rapide, sans trop de freins (dits névrotiques). Lorsqu’un tel fonctionnement est à peu près en place chez une personne, non seulement cela devient un atout pour l’équilibre d’une vie, mais surtout cela permet d’atténuer les retours de boomerang consécutifs aux chocs de la vie. Or, à cette époque, les Etats-Unis sont encore sous le choc des attentats du 11 septembre. Eux qui n’ont jamais été véritablement attaqués sur le sol, jamais envahis, eux qui ont n’ont pas eu à faire des concessions importantes sur leurs terres, leurs cultures, leurs développements, se retrouvent dans une position plutôt inédite à devoir digérer une pénétration de leur espace intérieur, bref à se remettre d’un véritable viol, qui plus est avec un violeur déclaré et provocateur.

Or, se remettre psychologiquement d’un viol est extrêmement difficile, car, pour être psychiquement cautérisée, l’intrusion nécessite une distanciation du corps et de l’acte, ce qui prend du temps. La victime construit son deuil dès lors qu’elle se dit que ce n’est pas son corps désirant qui a été touché, mais que l’acte a été commis à « son corps défendant ». C’est cette dissociation du désir et du lieu (le corps) d’investissement du désir qui est particulièrement attaqué dans le traumatisme du viol.

Or, les Etats-Unis sont en 2001 un peuple jeune, adolescent par de nombreux côtés, par encore capable de prendre sur lui et de se faire confiance pour réparer lui-même des blessures qu’on lui inflige. Or, les enfants ont toujours besoin de pansements qui les aident à intégrer psychiquement la blessure : ils mettent sur le compte du pansement parental leur capacité à gérer des intrusions, des modifications, des ruptures corporelles associées à un choc, une cassure, bref un événement traumatique.

Les Etats-Unis étaient peut-être un peu comme des enfants : en conséquence, ils ont réagi à l’agressivité par l’agressivité, en ne se mettant pas uniquement à la recherche du coupable, mais en déplaçant le problème sur d’autres personnes, d’autres états, d’autres terroristes, voire le terrorisme en général. Il ne conviendrait pas de s’arrêter à une analyse aussi partielle de cette situation, mais le but ici est seulement de souligner que les Etats-Unis à ce moment-là sont entre autres dans une logique apparemment assez enfantine de réaction face aux attentas du 11 septembre.

Mais ce qui difficile pour l’enfant l’est normalement moins pour l’adulte qui digèrera avec les mois et les années les événements traumatiques de plusieurs manières, à travers des moments de crise, des moments de doute, des épisodes d’abréaction (réduction émotive lorsque l’affect et la verbalisation du souvenir font irruption de concert), des manifestations somatiques, mais surtout - et c’est cela qui est remarquable chez la personne (devenant) adulte - la mise au jour de règlements de comptes avec son passé.

C’est ici que l’on peut trouver un des creusets de Cold Case : la nécessité probablement encore inconsciente des Etats-Unis de régler certains comptes avec leur passé, comme conséquence d’un événement traumatique.

                « L’histoire ne se situe pas que dans le passé. On ne parle pas de livres. C’est une histoire qui se déroule au quotidien. Chacun de vous va choisir une histoire : on la lire, on étudiera sa signification pour nous, pour le reste du monde. […] On parle d’histoire, qui vit et qui respire. Quelque chose d’important. On vie dans une des villes les plus historiques de Etats-Unis. Partout où on va, le passé vit. Vous devez juste le trouver. Ce sera votre dissertation. Je veux que vous alliez dans vos quartiers et que vous trouviez quelque chose qui ait une signification historique. Vous devez découvrir d’où vous venez. Et seulement après, vous pourrez décider où vous irez. » (épisode 6x02)

      Jerry Bruckheimer, quant à lui, décide peu après le 11 septembre de lancer une série sur des personnages issues de l’armée américaine impliqués dans la croisade contre le terrorisme : « Profiles from the front Lines ». Cependant, cette série est en prise directe avec les événements, donc une conséquence directe de ceux-ci. Or, lorsqu’il y a traumatisme, deux temps doivent être dissociés : tout se passe effectivement comme pendant un orage où le premier temps est l’éclair, et le deuxième l’onde de choc (le tonnerre). Et Jerry Bruckheimer ne va réussir que lorsqu’il mettra en place coup sur coup deux séries, qui viendront en « onde de choc » des attentats du 11 septembre, deux séries sur la disparition, deux variantes étonnantes de ce que peut donner la création consécutive à un traumatisme : FBI Portés Disparus et Cold Case"

 

  

 

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