www.laurent-malbrunot.fr

 

         

Livres et Textes

Quelques remarques sur la pensée

                            

           La notion de pensée recouvre une grande variété d’acceptions, et pas seulement dans le domaine psychanalytique. Pare - excitation, tentative de récupération de la séparation de la mère, avancée vers  l’objet à désirer, continuité du sentiment d’existence, la pensée reste au moins une énigme et au plus une théorisation.

        En premier lieu, il est à remarquer que la pensée se situe en deçà des processus primaires, vers un registre du type “élémentaire”, dont de nombreux auteurs ont tenté une synthèse théorique, voire métapsychologique. Ainsi, P. Aulagnier distingue les processus originaires des processus primaires, en les acceptant comme ~mise en formes des premières sensations. Très tôt, son travail sur les psychotiques (par exemple l’excellent cas d’amnésie Paolo dans « l’apprenti – historien et le maître sorcier ») lui a permis de mettre l’accent sur les activités de représentation. Ainsi, elle écrit « par activité de représentation, nous entendons l’équivalent psychique du travail de métabolisation propre à l’activité organique” et “l’élément absorbé et métabolisé n’est pas un corps physique mais un élément d’information (P. Aulagnier, la violence de l’interprétation). Elle propose de dissocier l’originaire, phase de la naissance de la représentation, le primaire, phase succédant à la différenciation primitive d’un autre corps, et le secondaire, phase d’avènement du Je. Elle écrira dans ce livre fondateur : « on voit la réflexion analytique buter sur le même écueil : devoir séparer l’inséparable ». Les rencontres de l’infans et du monde - particulièrement maternel chez P. Aulagnier - sont source de presque tout : la tentative du psychisme est l’homogénéisation. Tout nouveau-né préexiste dans le psychisme de la mère sous forme « d’ombre parlée » : c’est à son arrivée corporelle que l’interprétation se met en place, avec son cortège de trop et de pas assez. Les trois registres décrits sont concomitants, bien que, chez le bébé, ils soient probablement plus finement dissociables dans l’analyse de ses réactions.

        W.R. Bion innovera en parlant non seulement de pensée verbale (1953) mais aussi d’éléments bêtas (objets composés de sentiments de persécution ou de dépression) et de fonction alpha, placés à l’origine de la psyché et lié à la désignation de l’objet par les notions de contenant et de contenu. Chez cet auteur, c’est l’arsenal de la psychose qui fournit l’étayage de l’originaire, ce qui donne une théorisation de la pensée du bébé en lien étroit avec celle de la mère. Ce qui excite la convoitise est considéré par Bion comme mauvais : ce sont les proto-pensées, conçues comme des objets primitifs et déliés. Ainsi, « si le patient [psychotiquel ne peut pas penser avec des pensées, c’est-à-dire s’il a des pensées mais ne dispose pas de l’appareil de pensée qui lui permette d’utiliser ses pensées - bref de les penser -, il en résulte une intensification de la frustration » (W R. Bion, aux sources de l’expérience). La pensée se définit pour lui à partir de préconceptions ‘sensées’, avec interaction sensorielle. Pour Bion, les éléments a et fi sont autant de valeurs pivot dans l’organisation de la pensée psychotique. Les notions de « contenant » et de « barrières de contact »lui permettront d’aller vers une formulation riche : « la Pensée est en quelque sorte une mère contenante des pensées » (aux sources de l’expérience). En effet, Bion insiste sur la double haine : se rendre compte de la réalité interne et se rendre compte de la réalité externe. Il utilise la notion de précipité pour de développement prématuré préjudiciable à la pensée. La fonction a se situe donc comme le minimum d’élaboration psychique, minimum qui fajt défaut dans les structures psychotiques. La fonction la remplace, en expulsant les éléments “bruts’. H posera ensuite le symbolisme O -> K, avec O objet non connaissable et K connaissance. L’apparition de la pensée pour Bion dépend de l’union d’une préconception avec une frustration, ce qui rejoint les conditions de Freud pour l’avènement de la pensée (1911) : si la réalisation se produit avec un ‘sein’ insatisfaisant, alors cette union est ressentie comme un ‘non - sein’. Si la capacité de l’enfant est suffisante, alors le ‘non - sein’ introjecté devient une pensée, et, dans le cas contraire, ce mauvais objet doit être expulsé, dans la fuite ou dans la modification. La fonction a met véritablement les impressions de sens à la disposition de la pensée consciente et de la pensée du rêve.

        D’autres auteurs ont largement contribué à préciser cette notion de pensée. Ainsi, G. Lavallée écrit ‘je crois qu’il n’y a pas besoin de langage pour qu’il y ait de la pensée, mais qu’il faut du langage pour qu’il y ait un sujet pensant’ et “ je propose donc de considérer que l’hallucinatoire, au même titre que l’affect, est constitutif du représentant psychique de la pulsion. Mais tandis que l’affect est un vecteur de Sens qui se module en plaisir - déplaisir, le quantum hallucinatoire est vecteur de force [. .. et J la force dynamique pulsionnelle de la liaison dans les processus de pensée et de perception. »

        Enfin, J. B. Pontalis note, dans un travail sur la pensée et la croyance, “ Le trait le plus manifeste de l’appareil de croyance est qu’il vient se substituer au travail de la pensée. La pensée questionne, se donne des réponses limitées, provisoires. Elle est, par nature, expérimentale, exploratrice, curieuse Elle appelle la contradiction, se réfléchit, polémique avec elle-même. Elle est laboratoire. La croyance - inébranlable, sans failles, indissuadable, mais se sachant totalement vulnérable - ne se questionne pas (J. B. Pontali5, entre le rêve et la douleur). De même, cet auteur note : “la transformation des pensées en images visuelles résulte de l’attraction que le souvenir visueL qui cherche à reprendre vie exerce sur les pensées coupées de la conscience. La scène infantile ne peut parvenir à se réaliser de nouveau. Elle doit se contenter de réapparaître sous forme de rêve” (J.B. Pontalis, la force d’attention). Faudrait-il envisager une perte comme “non pas un refuge de l’ininterprêtable, mais un territoire aux frontières mouvantes, de l’ininterprété ? (j. B. Pontalis, l’amour des commencements ?)

 

  

 

Accueil

Livres et Textes

Consultation

Enseignement

Questions

Liens

Contact

Copyright et Droits