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Être violent, être humain

 

Contrairement à ce que certains discours sur l’angélisme de l’enfant laissent entendre (par exemple à propos de la sauvagerie supposée de certains adolescents tueurs d’enfants), la violence est bel et bien présente dans chaque être humain.

Rappelons bien entendu que violence ne doit pas être synonyme de brutalité, de sauvagerie, bref d’hémoglobine ! Un prédateur qui attaque sa proie et s’en repaît dans un bain de sang qui écœure le touriste n’est pas violent : il fait ce qu’il a à faire, dans le cadre de son instinct. La violence est, en réalité, plus du côté du déchaînement, de la déliaison, de l’usage hors limite de la force contre la loi et donc l’ordre hiérarchiquement établi du « père ». La violence, dans notre conception, ne concerne dès lors que les êtres humains (et pas seulement à cause de sa démesure).

Ce qui rend la violence caractéristique du développement humain tient de la lutte pour la survie « contre » la mère et de la guerre « contre » le père.

C’est ainsi que, dans une certaine mesure, il existe une « bonne » violence, une violence fondamentale (Bergeret) nécessaire pour sortir du chaos. Mais, lorsque l’enfant n’a pas de place dans l’imaginaire de ses parents, cela peut l’amener à des conduites très violentes pour éviter de mourir psychiquement. Si le bébé veut exister sans la fusion d’avec sa mère, il lui faut fourbir toutes ses armes en utiliser tous les moyens possibles de la non-mère. Un bébé avale, englobe, attaque, interprète les informations de ce qu’il a de plus cher, de ce qu’il a de plus proche, de ce qu’il aime le plus. Et violemment au besoin. Par la suite, toutes les étapes du développement psychoaffectif sont autant de moments où, parfois, la violence éclate au grand jour. Il faut insister et résister pour survivre.

Retrouvez le texte intégral dans le livre "au secours, où sont mes repères ?" (Edilivre)     

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Je te déplumerai, perroquet bavard !… Flibustier de carnaval !.. Pirate d’eau douce ! Anthropopithèque ! C’est toi qui t’embrocherai, vieux cachalot ! Et maintenant, Rackham le Rouge, je vais me fâcher ! … Victoire ! Rackham le rouge est liquidé ! Et yo – jo – ho ! et une bouteille de Rhum ! » (Capitaine Haddock)


«Deux étrangers au bout du monde, si différents. Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant, pulvérisés sur l’autel de la violence éternelle » (R. Séchan)

« Dans l’imaginaire humain primitif, il n’y a pas de place au soleil pour deux. Ou bien, s’il veut vivre, l’enfant devra éliminer ses parents, ou bien ceux-ci devront éliminer l’enfant s’ils veulent eux-même survivre » (J. Bergeret)

« Des fois, j’ai envie de les tuer, tous. Mes parents, surtout. Et puis, non, je m’en fous. Tout ça, je m’en fous. Ils peuvent crever. »

« Violence subie de la part de parents gentils et inocemment narcissiques, violence entretenue par le nécessité d’une image idéale de soi, violence exercée par l’indifférence, violence des volontés d’emprise dont font partie des conduites de séduction, violence de personnages envieux qui en font agir d’autres… » ( N. Jeammet)


« Je me sens en devoir de vous présenter une conception qui se situe à un niveau de généralité tel qu’il nous permette d’appréhender la violence non seulement comme phénomène mais trait constitutif de la condition humaine. [Citons] la violence au service de l’autoconservation, matricielle, narcissique, érotique-objectale, amoureuse, exterminatrice, silencieuse, désobjectalisante […] Toute pulsion s’accompagnerait d’une potentialité de violence directe ou indirecte. […] Le but de la violence peut se ramener à deux aspects liés entre eux : le refus obstiné de la réciprocité dans la relation à l’objet […] et l’affirmation plus ou moins omniprésente du moi qui aspire toujours et partout à étendre son pouvoir et à assumer coûte que coûte ce qu’il être les conditions de sa plénitude. […] Pourquoi, la violence se développe-t-elle aujourd’hui avec une croissance exponentielle ? Nous ne prétendons pas apporter une réponse qui exige des compétences multiples. […] La violence est le produit de l’affaiblissement des liens sociaux. Les idéologies religieuses ou politiques qui unissaient les hommes font l’objet d’un scepticisme grandissant. Quand elles ont survécu, il n’est pas rare que la pulsion de mort soit nécessaire à l’accomplissement de leurs buts, derrière des dénégations qui affirment leur tolérance, leur pacifisme, leur désir de faire le bien » (A. Green)

« Heureusement que je viens ici pour parler. Avec ma famille, on ne peut pas parler. Mon père dit qu’il m’écoute, mais il ne me donne que de l’argent. Il faudrait que je fasse quoi, que je refuse son argent ? J’en ai besoin. Autrement, je ferai comment, pour vivre ? »

« La violence contemporaine serait ainsi la conséquence d’une expression pulsionnelle désordonnée, insoumise à la triangulation nécessaire des rapports humains. Elle serait une transgression incestueuse, non pas comme mise en acte de la rencontre des corps, mais comme mise en scène d’un refus de la séparation, de l’individualisme, de la différenciation. » (A. Birraux)

« Voir ce monde violent, c’est insupportable. J’ai envie de protéger mes enfants contre cela. Je les mets dans le privé, et ils vont au conservatoire plutôt qu’au stade. J’essaie de leur éviter de voir des émissions trop violentes. En ce moment, il est un peu agressif. C’est pour cela que je l’emmène chez le psy. Mais, à six ans, un garçon, c’est normal, non ? Je pense quand même qu’à l’école, il entend des choses ahurissantes. J’aimerais qu’il en parle avec vous, et qu’il soit moins agressif, surtout avec moi »


« Bien des hommes pensent en effet que léser des principes ou porter atteinte à des idées est plus grave que le tort ou le dommage irréparable porté à une personne particulière. Il soutiennent donc qu’il convient de veiller au respect de l’ordre universel et aux principes susceptibles de l’instaurer et de le garantir, puis, le cas échéant, de se soucier de ce qui , en l’homme même trouble, abîme et détruit les relations interpersonnelles. Or le mensonge ne commence-t-il pas déjà là ? » (C. Chalier)


« Ma sœur, il y a 30 ans que je la hais. Tous les jours, je l’insulte. » (un des personnages de G. Simenon, dans la série Maigret)

« Comment expliquez-vous qu’il y ait autant de fims de guerre ? Et de films policiers ? Vous me direz sûrement qu’il y aussi beaucoup de feuilletons à l’eau de rose, mais ce n’est pas pareil. Je crois que les hommes ont la haine au fond d’eux, et qu’ils veulent détruire. Ce doit être dans leurs gènes. Ce sont des restes « animaux » que la femme sublime mieux, n’est-ce pas ? »

« Un petit enfant vit l’amour et la haine avec autant de violence qu’un adulte » (D.W. Winnicott)

« C’est lui ou moi. J’adore les films américains, avec les duels. Même les anciens, les films de cow-boys. Quand je les regarde, ça me donne la haine. Mais ça me soulage. J’ai envie de me battre, d’en découdre. J’aime bien l’affrontement, mais en rêve. De toute façon, c’est pas avec mon père ou avec ma mère que je vais me battre. Ma mère, elle a peur de tout, et mon père est toujours au boulot »


« La violence est indissociable de la vie » (J. Bergeret)


« J’ai toujours rêvé d’être en paix. Ici, je trouve la paix. Enfin, cela dépend. Souvent, quand je sors de la séance, j’ai la haine. Qu’est-ce que je dis, la haine ! Cela me fait penser que, des fois, c’est quand j’ai fait l’amour que je suis en paix, une sorte de paix… Enfin, pas longtemps. »


« Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n'y seront plus Nous y trouverons leur poussière Et les traces de leurs vertus. Bien moins jaloux de leur survivre que de partager leur cercueil, nous aurons le sublime orgueil de les venger ou de les suivre » (Rouget de Lisle)